Le Baromètre 2018, qui fait le point sur les préoccupations et les perceptions des Québécois envers 47 enjeux de société, permet notamment de mieux connaître les attentes et les aspirations des citoyens face à différents sujets tels que l’accès aux services de santé et à l’éducation, l’économie et les finances personnelles, les infrastructures de transport, l’environnement, les grands projets énergétiques et l’immigration.

 

Santé

Sans grande surprise, la santé représente – encore et toujours – la principale source de préoccupation des Québécois comme le rapporte le Baromètre CIRANO depuis sa création en 2011. Notamment, la très grande majorité (79 %) des Québécois considèrent que l’engorgement dans les urgences constitue un risque très important pour la province. Leurs inquiétudes en ce qui concerne l’accès aux services de santé semblent toutefois s’amoindrir puisque ce pourcentage est passé de 77 % en 2011 à 70 % en 2018. Tout porte à croire que les efforts consentis pour améliorer l’accès à un médecin de famille aient contribué à rassurer les Québécois à ce chapitre puisque, dans la réalité, la proportion de la population au Québec inscrite auprès d’un médecin de famille est passée de 56 % en 2011 à 70 % en 2018 selon les données publiées par la Régie de l’assurance maladie du Québec. 

 

Éducation

Bien que l’éducation demeure un enjeu de taille pour les Québécois, leurs perceptions à ce chapitre semblent globalement positives et s’être améliorées au fil du temps. Ainsi, le pourcentage de la population qui considère que l’accès à l’éducation représente « un grand ou un très grand risque » au Québec a considérablement chuté au cours des deux dernières années, passant de 37 % en 2016 à 28 % en 2018. Il en est de même pour le décrochage scolaire qui préoccupe moins de Québécois cette année (40 %) qu’en 2016 (49 %). En outre, leur niveau de confiance face à la capacité qu’a le gouvernement à gérer ces deux enjeux s’est aussi accrû. Fait intéressant : le décrochage scolaire inquiète davantage les francophones alors que l’accès aux études universitaires interpelle surtout les allophones.

 

Économie

Les Québécois sont toujours autant préoccupés par les risques économiques et financiers au niveau personnel mais le sont moins qu’en 2016 au niveau collectif. En outre, le risque perçu pour l’ensemble des enjeux économiques analysés est en baisse depuis 2016. Plus spécifiquement, 59 % d’entre eux se montrent inquiets par une éventuelle hausse du coût de la vie et des taux d’intérêt (contre 65 % en 2016), et 51 % éprouvent des craintes face aux revenus de retraite et à la solvabilité des régimes de retraite (57 % en 2016). Côté chômage, on constate une baisse significative des niveaux de risque perçu : 26 % de la population perçoit aujourd’hui ce risque comme étant élevé alors qu’ils étaient 46 % à le croire en 2016. Ce pourcentage chute même à seulement 9 % auprès des répondants de la région métropolitaine de Québec. Les résultats du Baromètre CIRANO révèlent que les Québécois se sentent de moins en moins préoccupés par l’endettement des ménages (57 % en 2018 contre 69 % en 2013). Dans la réalité, cette perception semble malheureusement se traduire par un taux d’endettement qui ne cesse de croître au Québec depuis 2013. Dans ce contexte, une meilleure sensibilisation aux saines habitudes de consommation nous apparaît primordiale.

Immigration

La situation actuelle de plein emploi soulève indéniablement la question de pénurie de main d’œuvre. À ce chapitre, il semble que les Québécois perçoivent l’immigration comme faisant partie de la solution. Ainsi, 59 % se montrent favorables à l’intégration de nouveaux arrivants et 68 % en perçoivent des bénéfices pour le Québec. Certains se montrent toutefois plus inquiets face à l’immigration : les femmes (53 % contre 43 % des hommes), les personnes âgées entre 55-74 ans (55 % contre 39 % des moins de 35 ans) et les francophones (50 % contre 36 % des anglophones et 31 % des allophones). L’occupation et le niveau de scolarité influencent aussi grandement les perceptions à l’égard de l’immigration.

 

Environnement et projets énergétiques

En 2018, les Québécois se montrent toujours aussi sensibles aux questions environnementales. Ainsi, plus de la moitié d’entre eux (52 %) considèrent que les changements climatiques représentent « un grand ou très grand risque » pour notre société. En ce qui a trait aux projets énergétiques, le Baromètre CIRANO 2018 nous apprend que 65 % des Québécois sont opposés à l’exploration du gaz de schiste et que seulement 13 % d’entre eux perçoivent ce type de projets comme « plutôt ou très bénéfiques » pour l’économie québécoise. En parallèle, l’exploration du pétrole semble toujours autant diviser les Québécois : 48 % y sont opposés (contre 51 % en 2016) et 25 % y voient des bénéfices (23 % en 2016). Le niveau de risque perçu pour ces deux enjeux a cependant pris un peu de recul depuis 2016 : 39 % de la population croient que l’exploration du gaz de schiste représente un risque « grand ou très grand » (41 % en 2016) alors que cette proportion atteint 33 % lorsqu’on les questionne sur l’exploration du pétrole (39 % en 2016).

 

Infrastructures de transport

Troisième principale source de préoccupation sur le plan collectif, les infrastructures de transport inquiètent encore de toute évidence les Québécois. Leur appréhension par rapport à ce risque s’est même accrue au cours des dernières années : passant de 64 % en 2016 à 67 % cette année. Leur niveau de confiance envers les capacités du gouvernement à corriger la situation semble aussi s’effriter : 55 % des Québécois affirment n’avoir « pas du tout ou plutôt pas » confiance en l’État pour gérer l’état des infrastructures de transport alors que ce pourcentage s’élevait à 44 % en 2016. Ces perceptions semblent davantage être le reflet des nombreux travaux en cours et des entraves visibles à la circulation qu‘à l’état réel des infrastructures routières car les données publiées par le ministère des Transports du Québec et la Ville de Montréal ne nous indiquent pas de détérioration de la situation. 

 

À la lumière de ces résultats, un constat s’impose : certaines perceptions sont le reflet de la réalité alors que d’autres s’en éloignent. Toutefois, cette dissonance entre perception et réalité peut parfois engendrer de graves conséquences. D’où l’importance de communiquer les bons messages à la population et de faire circuler les vraies données. Surtout dans le contexte où notre enquête révèle une baisse systématique de l’utilisation des sources d’information par les Québécois. Il est toutefois rassurant de constater que les seuls auprès de qui la population s’informe davantage (17 %) sont les experts (contre 14% en 2016). 



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